Chapter 4, 14 September 1950

Title

Chapter 4, 14 September 1950

Subject

Vera Stravinsky

Creator

Nadia Boulanger

Date

14 September 1950

Source

Bibliothèque Nationale De Paris

Type

Letter

Extracted Text

Boulanger to Vera Stravinsky
Ecoles d’art américaines
Palais de Fontainebleau
Fondation reconnue d’utilité publique
Conservatoire de musique
Le Directeur
(Le Moubra, Montana, Suisse)
Mrs. Igor Strawinsky
1260 N. Wetherly Drive
Hollywood 46
California
U.S.A
September 14, 1950
Dear Vera, soon it will be your birthday! Where is Santa Barbara? “Where are the snows of
yesteryear?” I miss you so, both of you who occupy my thoughts day after day. And only silence
between us, because I live life too quickly, because. . . And time passes, and ultimately, though
we love each other, we live like strangers.
Well, here at least are some wishes so that one day per year you see I am with you. I remember
everything, and I can’t accept the idea we won’t see each other anymore. It is too absurd. Why is
the world so big and Hollywood so far from Paris? Koussevitzky had asked me to come to
Tanglewood next year. I think I wrote about this to Igor, but everything makes this trip
impossible, and I declined, after weeks of indecision. Certainly, if I thought I would have seen
you, something inside me would have rebelled. But I would have had to arrive for the opening of
classes by plane and leave the following day. So, California was out of the question. And,
honestly, I cannot hope that you’ll come to Europe, a Europe that everything threatens. What
savages, what fools we are who, no matter what, want to find nothing more than perfect ways to
destroy everything. But . . . all I need is to think of Igor, working at his opera, to prepare the
Symphonie de psaumes that I am conducting seven times in four days in Brussels (imagine my
joy, and my terror, after everything the symphony is—and I risk nothing, I alone am in danger,
and that gives me courage, one feels so small. I hear Igor’s pulse, I know all too well how far
away, and it can be no other way, but I am so happy to have this project), and, when confronted
with the only values that matter, we fight, each in his own way. Has Igor read Gisele Brelet’s
book, Le temps musical? I would like to know what he thinks of it, but doubt that he has been
able to immerse himself in these two dense volumes.
Like a child, I tell myself stories. I dream that I am arranging my cushions at your place so I can
sleep on the couch. I watch Igor’s hand, his fingers, moving a marble in Chinese Checkers. I see
his table again, the frame he rebuilt so patiently for George, the telegram from Dolin, the Sonate
at Milhaud’s. Altogether, these small details make me believe, once I really start to imagine, that
we are together and the conversation will begin again.
Why is this only a dream?
I forgot to tell you, in July I saw Théodore, Denise, and little, adorable Kitty. She’s very fragile,
but so well looked after. And so happy to be with “a dad and a mum.”
Dear Vera, I send my love to you and Igor and have the pretension, foolish perhaps, to believe
quite certainly there is no one who loves you more
than your,
Nadia
Boulanger à Vera Stravinsky
Ecoles d’art américaines
Palais de Fontainebleau
Fondation reconnue d’utilité publique
Conservatoire de Musique
Le Directeur
(Le Moubra, Montana, Suisse)
Madame Igor Strawinsky
1260 N. Wetherly Drive
Hollywood 46
California
USA
14 septembre 1950
Cher Véra, bientôt notre fete [sic] ! Où est Santa Barbara ? « Où sont les neiges d’antan ? Vous
me manquez tant, vous deux qui occupez ma pensée jour après jour. Et seul le silence entre nous,
parce que la vie va trop vite, parce que…Et le temps passe, et finalement, alors qu’on s’aime, on
vit comme des inconnus.
Enfin, voici du moins des vœux, pour qu’un jour par an, vous voyez [sic] que je suis avec vous.
Je me souviens de tout, et je ne [me] fais pas à l’idée de ne plus vous voir. C’est trop bête.
Pourquoi le monde est-il si grand, et Hollywood si loin de Paris. Koussevitzky m’avait demandé
de venir l’an prochain à Tanglewood. Je crois l’avoir écrit à Igor, mais tout rend ce départ
impossible, et j’ai déclin[é], après des semaines de perplexité. Certes, si je pensais que je vous
aurais vu quelque chose en moi se révolterait. Mais il s’agissait d’arriver pour l’ouverture des
cours, en avion, et repartir le lendemain. Donc, la Californie était exclue. Et, honnêtement, je ne
peux pas souhaiter que vous veniez en Europe, une Europe que tout menace, quels sauvages, et
quels fous nous sommes qui, pourtant arranger, ne cherchons que des moyens de plus en plus
perfectionnés pour tout détruire. Mais…il me suffit de penser à Igor, travaillant à son opéra, à
préparer la Symphonie de psaumes que je dirige 7 fois en 4 jours à Bruxelles (imaginez ma joie,
et ma terreur, après tout la symphonie est—et ne risque rien, moi seule suis en danger, et cela me
donne le courage, on se sent si petit. J’entends la pulsation d’Igor, je sais trop bien à quelle
distance, et il n’en peut être autrement, je sais, mais, j’ai un si grand bonheur de ce projet), et,
devant les valeurs qui seules comptent, on lutte, à sa mesure. Igor a-t-il lu le livre de Gisele
Brabet, Le temps musical. J’aimerais savoir ce qu’il en pense, mais doute qu’il ait pu se plonger
dans ces denses deux volumes.
Comme quand on est petit, je me raconte des histoires, je rêve que j’arrange mes coussins, chez
vous, pour dormir sur le canapé. Je regarde la main, les doigts d’Igor, déplaçant la bille du
Chinese Checkers. Je revois sa table, le cadre qu’il avait refait avec quelle patience, pour George,
le télégramme de Dolin, la Sonate chez Milhaud. Tout et tout, ces petits détails me font croire
quand j’entre bien dans le jeu, que nous sommes ensemble, et que la conversation va reprendre.
Que n’est-ce qu’un rêve.
Ai oublié de vous dire, en Juillet, ai vu Théodore, Denise et la petite Kitty, adorable, très fragile,
mais si bien surveillée. Et si heureuse d’être avec « un papa et une maman »
Chère Véra, je vous embrasse, j’embrasse Igor et j’ai la prétention, folle peut-être, mais très
assurée qu’il n’y a personne qui vous aime plus.
Que votre,
Nadia

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Citation

Nadia Boulanger , “Chapter 4, 14 September 1950,” Digital Exhibits, accessed June 20, 2021, https://digex.lib.uoguelph.ca/items/show/2456.

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