Chapter 6, 15 September 1960

Title

Chapter 6, 15 September 1960

Subject

Théodore Stravinsky, Théodore Strawinsky

Creator

Nadia Boulanger

Date

15 September 1960

Source

Fondation Théodore Stravinsky, Théodore Strawinsky

Type

Letter

Extracted Text

Boulanger to Théodore Strawinsky
September 15, 1960
Dear Théodore,
I am thinking a lot about you right now. Are you going? Are you in Venice—is the past still
living in the present? All of this is preoccupying me as I know you are tormented by it. And it’s
sad, as each loses and nobody wins. And what we lose, especially in this manner, is never to be
found again. I want to hope that my worries are in vain, that you were able to spend some time
with your Father, to hear his new work, well-performed.
Alas, new works always seem difficult, audacious pieces, or more accurately, incomprehensible.
And in all his glory, your Father knows the bitterness of being, ultimately, rather alone with the
present—so cruelly and blindly misunderstood. All of that seems paradoxical and is veiled by a
small number of enlightened musicians and some courtiers.
Certainly, it does not matter: Le Sacre, Noces, Œdipe and soon Canticum Sacrum, then Threni
will take their legitimate places. I am very sad not to be in Venice, close to him—you know what
is in my heart, in my mind, in my life every day. But whether I’m close or far away, he always
seems present to me, and my reverence never ceases to accompany him.
Dear Théodore, all of this tells you, does it not, how much I love you all, Denise, Kitty—in the
memory of your Mother.
And I am your,
Nadia B.
P.S. I’ll be in Lans en Vercors until the end of the month without a doubt
* * *
Boulanger à Théodore Strawinsky
15 septembre 1960
Cher Théodore,
Je pense beaucoup à vous en ce moment. Allez-vous, êtes-vous à Venise—le passé reste-
t-il vivant dans le présent ? Tout cela me préoccupe comme je vous en sais tourmenté. Et
c’est triste, car chacun perd et personne ne gagne. Et ce que nous perdons, dans cet ordre
surtout, ne se retrouve jamais. Je veux espérer que mes alarmes sont vaines, que vous
avez pu aller passer quelques temps avec votre Père, entendre sa nouvelle œuvre, bien
exécutée.
Hélas les œuvres neuves semblent toujours difficiles, les œuvres audacieuses, ou plus
réellement vraies, incompréhensibles. Et dans toute sa gloire, votre Père connaît
l’amertume d’être, en fin de compte, à peu près seul avec son présent—si cruellement et
aveuglément méconnu. Tout cela semble paradoxal et est voilé par un petit nombre de
musiciens plus éclairés et de quelques courtisans.
Certes il importe peu : le Sacre, Noces, Œdipe et bientôt Canticum Sacrum, puis Threni
prendront leur place légitime. Suis très triste de n’être pas à Venise, près de lui—vous
savez ce qu’il est dans mon cœur, dans mon esprit, dans ma vie de chaque jour. Mais que
je sois proche ou lointaine, il me semble toujours présent et ma vénération ne cesse de
l’accompagner.
Cher Théodore, tout cela qui vous dit, n’est-ce pas, combien je vous aime tous, Denise,
Kitty—dans le souvenir de votre Mère.
Et je suis votre
Nadia B.
[P.-S.] Lans en Vercors jusqu’à la fin du mois sans doute

Files

Citation

Nadia Boulanger, “Chapter 6, 15 September 1960 ,” Digital Exhibits, accessed June 20, 2021, https://digex.lib.uoguelph.ca/items/show/2561.

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