Chapter 5, 7 November 1956

Title

Chapter 5, 7 November 1956

Subject

Nadia Boulanger

Creator

Théodore Stravinsky, Théodore Strawinsky

Date

7 November 1956

Source

Bibliothèque nationale de France

Type

Letter

Extracted Text

Théodore Strawinsky to Boulanger
Genève
November 7, 1956
Dear Nadia,
Upon returning home from Varsovie you will have found my letter at rue Ballu. I know that we
see things in the exact same way. Thus, you will have completely understood the fundamental
motives of the three-week-long stay that Denise and I just had in Munich; neither we nor others
can do anything for the situation,[but] we can save what can be saved for the good of my father.
This is because there is nobody around him to think reasonably both about his health and his
mental comfort. What is perhaps the saddest aspect of all of this is the mental solitude in which
he finds himself confined, to which he almost surrenders at times, but he can’t break out of. It is
hard to understand from the outside. We ourselves can only suspect the extent of it and now that
we are certain of it . . .
With regard to the course of the disease, speaking of convalescence, it is going satisfactorily at
the present moment. The immediate moment is not alarming. It is the future that worries us
terribly, as nothing will be done to look after him, despite what is said. And, alas, the problem is
much more complicated by the fact that Prof. Diehl (the doctor treating him), whom I believe to
be a good practitioner, but who committed, as soon as the treatment began, the incommensurable
psychological error of leaving my father with the hope of an early resumption of his activity! It’s
truly crazy, but that’s how it is. It is clear that it wasn’t necessary to brutally tell him “Never
again!” but it would have been at least necessary to set aside the future and to expect only a
partial return to his activity in a future that is as vague and as far away as possible. This is what
should have been clearly established from the start. The next scheduled concert (the 29th of this
month in Rome) must then take place, at least in principle, in three weeks! It’s incredible! It is
true that he’ll only conduct the Canticum Sacrum with the same choir as in Venice, but still! The
only thing we find reassuring about the situation is that our friend Dr. Gilbert from Geneva—
who came twice to see my father in Munich at our request, and explained to him rather abruptly
the very serious danger he is now exposed to—will go to Geneva and Rome, specifically to be on
site. He will check everything just before the rehearsals, and if necessary, keep him from picking
up the baton. And above all, [he is going] especially to intervene in whatever way his status as
friend and professional expert allows him, in order to attempt [to convince] my father [not to do]
the London concert that should take place a few days later and that he doesn’t want to give up for
anything in the world—only because of Professor Diehl’s attitude. But at least he accepted to
submit, in extremis, to the verdict of Dr. Gilbert at the time of the Rome concert. London, then,
will ultimately be cancelled, but you see how complicated all of this is. Good, but what next?
Because it’s upon returning to America, first to New York, where they have quite a number of
projects, then to Hollywood, which will be the terrible danger. This is what terrifies us, because
there’s nobody over there, I fear, to oppose him with the necessary authority, in his most
unreasonable undertakings . . . and we can do absolutely nothing about it! There’s nothing left
for us but the consolation, which is very slight, of telling you that without our time in Munich,
nothing would have changed in his life, either now or in the next few weeks. I am telling you this
without modesty: if Denise and I had not gone to Munich, I believe that we would already be in
the midst of running full speed directly toward catastrophe . . .
You come to mind, very dear Friend, among the very rare people who can understand all of this
and share in our worries, and to whom we can speak with so freely. We are infinitely grateful to
you for this . . .
Allow me to send you all of our friendly and affectionate devotion,
Théodore
P.S. Is it necessary to add all that we are feeling in regard to what is currently going on in the
world?! More than ever, our only comfort must be in the Catholic faith.
Théodore Strawinsky à Boulanger
Genève
7 novembre 1956
Chère Nadia,
En rentrant à Vassorré vous avez trouvé, rue Ballu, ma lettre. Je sais que nous voyons les choses
exactement de la même façon. Aussi aurez-vous compris parfaitement les motifs profonds du
séjour de trois semaines que Denise et moi venons de faire à Munich ; il s’agissait, dans une
situation de fait contre laquelle nous ne pouvons rien ni les nous, ni les autres, de sauver pour le
bien de mon père tout ce qui peut être sauvé. Car il n’y a personne auprès de lui pour penser
raisonnablement tant à sa santé qu’à son confort moral. Ce qu’il y a peut-être de plus triste dans
l’ensemble, c’est la solitude morale dans laquelle il se trouve confiné, qu’il avoue presque par
moments mais qu’il ne peut plus rompre. Il est difficile de s’en rendre compte de l’extérieur.
Nous-mêmes ne pouvoir que le soupçonner, nous en avons maintenant acquis la certitude...
Quant au cours de la maladie, disons de la convalescence, cela va semble-t-il pour le moment
d’une façon satisfaisante. L’immédiat n’est pas alarmant. C’est l’avenir qui nous inquiète
terriblement, car rien ne sera fait pour le ménager, bien au contraire, malgré des paroles. Et le
problème a compliqué beaucoup, hélas ! du fait du Prof. Diehl (le médecin traitant) qui est je
crois un bon praticien, mais qui a commis dès le commencement l’incommensurable erreur
psychologique de laisser à mon père l’espoir d’une reprise prochaine de son activité ! C’est une
pure folie mais c’est comme cela. Il est clair qu’il ne fallait pas lui dire brutalement « plus jamais
! » mais au moins fallait-il réserver l’avenir et n’envisager éventuellement une reprise limitée
d’activité que dans un futur vague et aussi éloigné que possible. Voilà ce qui aurait dû être établi
clairement dès le premier jour. Au bien de cela, le prochain concert prévu (le 29 de ce mois à
Rome) doit donc avoir lieu, du moins en principe, dans trois semaines ! On croit rêver ! Il est
vrai qu’il n’y dirigera que le Canticum Sacrum et avec le même chœur qu’à Venise, mais tout de
même ! La seule chose qui nous rassure à ce sujet est que notre ami le Dr. Gilbert de Genève qui,
sur notre demande, est venu voir mon père deux fois à Munich et lui a expliqué, presque
crûment, le danger très grave auquel il est maintenant exposé, ira tout exprès de Genève à Rome
pour être sur place, fais tous les examens nécessaires juste avant les répétitions et, s’il y a bien,
lui interdire de prendre la baguette et surtout pour intervenir par tous les moyens que lui
confèrent et son amitié et son autorité professionnelle afin de faire tâcher à mon père le concert
de Londres qui devrait avoir bien quelques jours plus tard et auquel—uniquement à cause de
l’attitude du Prof Diehl—il ne veut actuellement renoncer pour rien au monde. Mais au moins a-
t-il accepté de se soumettre, in extremis, au verdict du Dr. Gilbert au moment du concert de
Rome. Londres sera donc, en fin de compter supprimé, mais vous voyez combien tout cela est
difficile et compliqué. Bon, mais après ? Car c’est au retour en Amérique, à New York d’abord
où ils ont une foule de projets, à Hollywood ensuite, que sera le terrible danger. C’est cela qui
nous épouvante car il n’y aura personne là-bas, je le crains, pour s’opposer, avec l’autorité
nécessaire, aux plus folles entreprises…et nous n’y pouvons absolument rien ! Il ne nous reste
que la consolation, bien maigre, de vous dire que sans notre séjour à Munich, rien n’aurait été
changé dans sa vie, même maintenant et dans les prochaines semaines. Je le dis sans modestie :
si Denise et moi n’étions pas aller à Munich, je crois qu’on serait déjà en train de courir à toute
vitesse directement à la catastrophe…
Vous venez en tête, chère grande Amie, parmi les très rares personnes qui peuvent comprendre
tout cela et partagent nos angoisses et à qui nous puissions en parler avec autant de liberté. Nous
vous en savons un gré infini…
Permettez-moi de vous embrasse avec tout notre affectueux et amical dévouement,
Théodore
P.-S. Est-il besoin d’ajouter tout ce que l’on ressent à la vue de ce qui se passe actuellement dans
le monde entier ? ! Plus que jamais notre unique consolation doit être dans la foi Catholique.

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Citation

Théodore Stravinsky, Théodore Strawinsky , “Chapter 5, 7 November 1956 ,” Digital Exhibits, accessed September 26, 2021, https://digex.lib.uoguelph.ca/items/show/2730.

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