Chapter 4, 25 November 1950

Title

Chapter 4, 25 November 1950

Subject

Igor Stravinsky

Creator

Nadia Boulanger

Date

25 November 1950

Source

Paul Sacher Stiftung

Type

Letter

Extracted Text

Boulanger to Stravinsky
36 rue Ballu
Paris IX
Mr. Igor Strawinsky
1260 N. Wetherly Drive
Hollywood 46
California
U.S.A.
November 25, 1950
My thoughts are always close to you, Dear Igor, but with such particular emotion when
November 30 approaches. I know, dates are nothing and change nothing. But they bring us close:
some in the happiness of being reunited, and others in the certainty that nothing separates those
who love one another.
Saw Théodore recently, so well; spoke of little Kitty, so happy around him and Denise. To see
her—serious, deep, gentle—one imagines how much like her mother she is, and it is a great joy
to know she is in these new surroundings, among family.
I did not speak to you about a recent performance of Orphée—rather unpleasant, with cuts that
would merit violent objections if the intelligence of the work had not been drawn out with the
greatest reluctance. Otherwise, it was not as bad as I seem to insinuate, but [it was] far from what
this marvelous score deserves. But . . . It is always the blindness of the disciples at Emmaüs.
They don’t want to see, and always see too late. Their blind, undiscerning infatuation, suddenly,
with Bartok is all the more shocking given their long indifference toward him. Let’s not shock
you. It is the eternal story—but let’s remain exasperated. The door is opened, everyone enters,
and the result is catastrophic. Time passes and gently things take their place again. And despite
all the misunderstandings, Bach is doing very well (se porte fort bien), and so are you.
Your Mass conquered all spirits at Solesmes. They, well, they understood, and this made up for
the rest. What’s more, when one sees the excitement around the revival of Siegfried and its
sequel, one understands the confusion of the poor public, which could pretend to be a little better
guided. It’s Wagner, Strauss, the Schoenberg school, that are presented as trends across the
world, and the world is not finding them particularly enjoyable. They take it in rather poorly.
Happily, among the young people who pay attention, the trend is good. There is a heavy
dodecaphonic offensive, but it will not hold its position for long.
Have you ever heard Wozzek [sic]?
We’ve just carefully worked on Renard—what a pity to not have the orchestration for it. It is a
famous score, which is difficult at first but becomes so natural. But there, too, the judgement is
distorted. At the heart of it, people do not know the music. There’s a lot of literature, a pseudo-
philosophy, but it’s impossible to perform any of the rhythms without upsetting these old
mechanical habits a little.
I wasn’t able to accept Koussevitzky’s offer nor that of Juilliard and can’t console myself when I
tell myself that it was the way to see you. But really, we aren’t leaving [one another] right now.
And that which ought to be done cannot be abandoned.
Give Vera my love, and know how deeply I am always with you, Dear Igor. I love you so.
Nadia
[P.S.] How terrible! I did not thank you for your records, and yet, what a joy it was to hear the
Mass. I’ll enlighten you: every bit of the work is essential. Thank You.
Boulanger à Stravinsky
36 rue Ballu
Paris IX
Monsieur Igor Strawinsky
1260 N. Wetherly Drive
Hollywood 46
Californie
U.S.A.
25 novembre 1950
Toujours ma pensée est près de vous, Cher Igor, mais avec quelle particulière émotion quand
approche le 30 novembre. Je sais, les dates ne sont rien, et ne changent rien. Mais elles nous
rapprochent, les unes dans le bonheur d’être réunis, les autres, dans la certitude que rien ne
désunit ceux qui s’aiment.
Vu dernièrement Théodore, si bien ; parlé de la petite Kitty, si heureuse auprès de lui et de
Denise. A la voir, serieuse [sic], profonde, gentille, on devine de quel regard sa petite Maman la
sérierait [sic], et c’est un grand bonheur de la savoir à nouveau entourée, dans sa famille.
Je ne vous parle pas d’une récente exécution d’Orphée—assez sinistre, avec des coupures qui
justifieraient une violente réclamation, si l’intelligence de l’œuvre n’amenait pas, de plus graves
réticences. D’ailleurs, pas si mauvaise que j’ai l’air de l’insinuer, mais loin de ce que mérite cette
merveilleuse partition. Mais…C’est toujours l’aveuglement des disciples d’Emmaüs. Ils ne
veulent pas voir, et voient toujours trop tard. Leur engouement aveugle, soudain, sans
discernement pour Bartok est plus choquent encore que leur longue indifférence à son égard. Ne
vous frappons pas. C’est l’éternelle histoire—mais restons exaspérés. On a ouvert la porte, tout
le monde entre, et le résultat est catastrophique. Le temps passe, et tous gentiment, les choses se
remettent à leur place, et malgré toutes les incompréhensions, Bach se porte fort bien, et vous
aussi.
Votre [M]esse a conquis tous les esprits à Solesmes, eux, ils ont compris et ceci compense cela.
D’ailleurs quand on voit le battage fait autour de la reprise de Siegfried et de la séquelle, on
comprend la confusion du pauvre public qui pourrait prétendre à être un peu mieux guidé. C’est
Wagner, Strauss, l’école Schonberg, qui sont donnés comme phases, à travers le monde, et le
monde ne s’en trouve pas très bien, il digère avec peine.
Heureusement, parmi les jeunes qui retiennent l’attention, la tendance est bonne. Il y a une
lourde offensive dodécaphonique elle ne garde pas ses positions longtemps.
Avez-vous jamais entendu Wozzek [sic] ?
Nous venons de travailler avec soin Renard—quel dommage de n’en pas avoir l’orchestre. C’est
une fameuse partition, qui d’abord difficile, devient si naturelle. Mais là aussi le jugement est
faussé. Au fond, les gens ne savent pas la musique. Beaucoup de littérature, de fausse
philosophie, mais impossible d’exécuter le moindre rythme bousculant un peu de vieilles
habitudes machinales.
N’ai pas pu accepter l’offre de Koussevitzky ni de Juillard, ne m’en console pas quand je me dis
que c’était le moyen de vous voir. Mais vraiment on ne « quitte » pas, en ce moment. Et ce qu’il
faut faire ne peut être abandonné.
Dites à Vera ma tendresse, et sachez de quel cœur je suis toujours avec vous, Cher Igor. Je vous
aime tant.
Nadia
P.-S. Quelle horreur ! Je ne vous remerciais pas des disques, et pourtant, quel bonheur d’entendre
la Messe. Vous écrirai, tout est capital dans cette œuvre. Merci.

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Citation

Nadia Boulanger , “Chapter 4, 25 November 1950 ,” Digital Exhibits, accessed October 18, 2021, https://digex.lib.uoguelph.ca/items/show/2459.

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